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Douanes : 632,3 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet
© Internet Le Directeur général des Douanes, l’Inspecteur général Cheickna Amala Diallo, a réuni son personnel le 20 août 2026 pour dresser le bilan des sept premiers mois de l’année. Avec 632,314 milliards de FCFA mobilisés à fin juillet, l’administration a atteint 64,85 % de son objectif annuel. Selon le cap fixé par le ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, trois orientations doivent guider les actions. Elles portent sur l’accroissement des recettes, le renforcement de la lutte contre la fraude et les trafics illicites, ainsi que la poursuite des réformes structurantes. Le Directeur général a demandé que ces priorités se traduisent dans le travail quotidien de chaque service et de chaque agent. Concernant les recettes, les Douanes déclarent avoir mobilisé 533,743 milliards de FCFA entre janvier et juin, contre une prévision de 482,823 milliards. Le bilan présenté fait état d’un excédent de 50,918 milliards de FCFA et d’un taux de réalisation de 110,55 %. En juillet, 98,547 milliards ont été recouvrés et la Direction générale situe les réalisations cumulées à 632,314 milliards, soit 64,85 % de l’objectif annuel de 975 milliards. Ce dernier dépasse de 59,412 milliards les 915,588 milliards provisoirement mobilisés en 2025. Ces résultats maintiennent les Douanes au-dessus de la trajectoire théorique nécessaire pour atteindre leur objectif annuel. Il reste toutefois 342,686 milliards de FCFA à recouvrer entre août et décembre, soit une moyenne mensuelle d’environ 68,54 milliards. Le Directeur général a donc invité les services à maintenir le rythme jusqu’à la clôture de l’exercice. Les difficultés sécuritaires et logistiques qui affectent les corridors, notamment l’axe Kidira-Diboli-Kayes reliant le Mali au Sénégal, compliquent la circulation des marchandises et leur prise en charge douanière. Cette situation exige davantage de vigilance, de réactivité et de coordination pour sécuriser les flux sans aggraver les délais supportés par les transporteurs et les opérateurs économiques. Fraude et modernisation Quant à la lutte contre la fraude, elle ne consiste pas seulement à préserver les recettes de l’État. Elle doit également protéger le commerce légal, les opérateurs économiques de bonne foi, les consommateurs et la sécurité publique face à la circulation de produits interdits ou dangereux. Le Directeur général a ainsi demandé de renforcer le renseignement, le ciblage, l’analyse des risques et la coopération entre les services, tout en évitant que les contrôles ne deviennent un frein au commerce régulier. Parmi les opérations documentées au premier semestre, la Brigade mobile d’intervention a saisi, le 17 avril près de Bamako, 23 bonbonnes de mercure, 1 650 bâtons d’explosifs, deux rouleaux de cordon détonant, 25 détonateurs et 17 briques de chanvre indien. Les services ont aussi intercepté cinq tonnes de cyanure dissimulées dans un chargement à Ségou en juin, en plus de saisies d’armes, de munitions, de médicaments illicites et de produits impropres à la consommation. Le troisième axe concerne la modernisation de l’administration. Les Douanes disposent d’un portefeuille de 38 réformes comprenant le renforcement du contrôle documentaire, le développement du SIGECOD, le Système interconnecté de gestion du contrôle documentaire, et l’interconnexion des systèmes informatiques douaniers. Cette dernière doit faciliter l’échange de données sur les marchandises en transit, sécuriser les recettes et réduire les délais aux frontières, notamment dans le cadre de la coopération entre les pays de l’AES et le Togo. Pour le Directeur général, une réforme doit produire des résultats mesurables dans les bureaux, les brigades et les postes frontaliers. Il a demandé aux responsables de traduire les projets de modernisation en pratiques concrètes, d’évaluer leurs effets sur les recettes et les délais, puis de faire remonter les difficultés rencontrées par les agents et les usagers. « Les Douanes maliennes, c’est vous », a lancé Cheickna Amala Diallo à son personnel. Du cadre supérieur à l’agent de surveillance, du service spécialisé au poste frontalier, chaque fonction participe à la mobilisation des recettes, à la sécurisation des corridors et à la protection de l’économie. Tout en reconnaissant les sacrifices imposés par le contexte sécuritaire et les contraintes logistiques, le responsable a appelé à consolider les résultats obtenus. La rencontre a ainsi associé un bilan financier favorable à une obligation de continuité, les cinq derniers mois de l’année devant déterminer si l’objectif inédit de 975 milliards de FCFA sera effectivement atteint.
2026-08-21 15:44:58

Goïta–Poutine : un échange au cœur de la nouvelle stratégie régionale de Moscou
© Internet Assimi Goïta et Vladimir Poutine ont réaffirmé le 19 août leur coordination sécuritaire au Mali et dans le Sahel. Cet échange intervient deux jours après l’annonce d’un futur mémorandum de coopération entre la Russie et la CEDEAO. La sécurité du Mali et la lutte contre le terrorisme ont dominé l’entretien téléphonique entre les deux dirigeants. Selon le Kremlin, Assimi Goïta a salué le soutien apporté par la Russie face aux attaques des groupes armés extrémistes. Les deux présidents sont convenus de poursuivre la coordination de leurs efforts pour favoriser la stabilité du Mali et de l’ensemble de la région saharo-sahélienne. Les échanges ont également porté sur les principales questions de l’agenda bilatéral. Bamako et Moscou souhaitent renforcer leur dialogue politique et développer davantage leur coopération commerciale, économique et humanitaire. Le communiqué ne fait toutefois état ni d’un nouvel accord sécuritaire ni d’un déploiement ou d’une livraison supplémentaire d’équipements. Outre son contenu, le calendrier de cet entretien retient l’attention. Le 17 août à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, avait annoncé la signature prochaine d’un mémorandum de coopération entre la Russie et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La sécurité devrait faire partie des domaines couverts par ce texte, dont le contenu et la date de signature restent à préciser. L’annonce avait été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa. Lavrov avait également exprimé la disponibilité de la Russie à soutenir les efforts de rapprochement entre la CEDEAO et les pays de la Confédération des États du Sahel. Élargissement Ce projet de mémorandum révèle une diplomatie russe qui ne se limite plus à ses partenaires sahéliens. Depuis plusieurs années, Moscou a considérablement renforcé sa présence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, notamment dans les domaines militaire, sécuritaire, énergétique et minier. Cette coopération s’est progressivement structurée à l’échelle de l’AES. Lors des consultations ministérielles du 8 juillet 2026 à Niamey, la Russie a renouvelé son soutien à l’opérationnalisation de la Force unifiée de la Confédération. Les discussions ont porté sur l’acquisition d’équipements militaires, les formations adaptées et l’assistance technique, selon le gouvernement nigérien. En préparant parallèlement un cadre de coopération avec la CEDEAO, Moscou cherche désormais à disposer de canaux institutionnels auprès des deux ensembles ouest-africains. La démarche intervient après le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO, devenu effectif le 29 janvier 2025, sur fond de profondes divergences politiques. Ce rapprochement avec la CEDEAO ne marque pas nécessairement une inflexion au détriment de l’AES. Il traduit plutôt une volonté russe d’étendre son influence aux États côtiers, eux aussi confrontés à la progression des groupes armés vers le nord du Bénin et du Togo ainsi qu’aux risques pesant sur leurs frontières. La relation entre Moscou et l’organisation régionale avait d’ailleurs commencé à se dessiner avant l’annonce du 17 août. En décembre 2025 au Caire, Sergueï Lavrov avait rencontré le président de la Commission de la CEDEAO, Omar Alieu Touray. Les discussions avaient déjà porté sur la paix, la sécurité régionale et la nécessité d’un dialogue pragmatique avec l’AES. Équilibre La Russie se retrouve ainsi dans une position singulière. Elle demeure l’un des principaux partenaires sécuritaires des trois pays sahéliens tout en proposant son accompagnement à une organisation avec laquelle leurs relations restent difficiles. Cette position pourrait permettre à Moscou de faciliter certains échanges, notamment sur la circulation des personnes et des marchandises, le partage d’informations ou la lutte contre des groupes armés qui opèrent au-delà des frontières. Elle ne suffit cependant pas à faire de la Russie un médiateur reconnu. Une telle fonction supposerait une demande ou, au minimum, l’adhésion publique de la CEDEAO et de l’AES. Pour autant, l’entretien entre Assimi Goïta et Vladimir Poutine constitue surtout une réaffirmation de la solidité du partenariat russo-malien. La proximité entre l’appel et l’annonce concernant la CEDEAO mérite d’être relevée, mais elle ne permet pas d’établir que les deux événements sont directement liés ou que le projet de mémorandum a été abordé par les deux présidents. Les prochaines étapes permettront de mesurer la portée réelle de cette stratégie. Le mémorandum Russie–CEDEAO reste à signer et ses mécanismes sécuritaires ne sont pas encore connus. Le troisième Sommet Russie–Afrique, programmé les 28 et 29 octobre à Moscou, pourrait apporter de nouvelles précisions sur la manière dont la Russie entend articuler ses partenariats avec l’AES, la CEDEAO et l’Union africaine. Massiré Diop
2026-08-20 16:53:18

Situation sanitaire : l’insécurité et le sous-financement freinent la réponse
© Internet La réponse sanitaire aux besoins humanitaires reste entravée par l’insécurité et le manque de ressources, selon le bulletin de juillet du Cluster Santé publié le 13 août 2026. Les déplacements de populations, les difficultés d’accès aux soins et la circulation simultanée de plusieurs maladies accentuent la pression sur les services de santé. Environ 3,7 millions de personnes ont besoin d’une assistance sanitaire, sur une population nationale estimée à 24,5 millions. Le Cluster Santé en cible 1,6 million et fait état de 61 333 personnes atteintes. Ces chiffres figurent dans un document préparé par la Dre Aissata dite Nènè Tjini Koné, épidémiologiste au sein du dispositif d’urgence sanitaire et du Cluster. Le financement disponible reste très inférieur aux besoins. Le texte du bulletin indique que 36,9 % des ressources avaient été mobilisées à la fin de juillet. Son tableau financier affiche cependant 9,7 millions de dollars reçus sur les 30,5 millions requis, soit 31,9 %. Cet écart n’est pas expliqué, mais les deux évaluations montrent que près des deux tiers des ressources attendues restent à mobiliser. L’insécurité perturbe particulièrement les soins dans le Nord et le Centre. À Gao, les incidents enregistrés dans la région voisine de Kidal compliquent l’accès aux centres de santé et la continuité des services. Les supervisions, les campagnes de vaccination et l’acheminement des médicaments sont également affectés. En juillet, 771 ménages représentant 3 781 personnes ont quitté leurs localités. Le mouvement le plus important concerne 2 814 habitants partis de Kouakourou vers Mopti. Quelque 680 personnes ont également rejoint Ménaka depuis Anéfis, tandis que 287 autres ont été déplacées vers Markala et Kirango. Alertes sanitaires Ces mouvements surviennent dans un contexte marqué par plusieurs foyers épidémiques. De janvier à la fin de juillet, 413 cas de dengue ont été confirmés, avec un décès. La diphtérie totalise 753 cas suspects depuis juillet 2025, dont 91 confirmés et 37 décès, dans 41 districts sanitaires répartis entre neuf régions. Le Mpox a réapparu après près de 80 jours sans cas confirmé. Six infections ont été confirmées en juillet, dont quatre à Bamako et deux à Kalabancoro. Depuis le début de l’année, le bilan s’établit à 26 cas confirmés et un décès. La rougeole poursuit également sa progression. Le pays comptait 248 cas confirmés à la fin de la 31e semaine, tandis que 19 des 75 districts sanitaires avaient connu au moins un épisode épidémique. Ouélessébougou et la Commune VI de Bamako ont rejoint en juillet la liste des districts concernés. Trois cas présumés de rage humaine ont été signalés à Kayes et ont tous été suivis de décès. Trois cas de tétanos néonatal ont aussi été enregistrés à Kidal, Séféto et Koutiala, avec deux décès documentés. À la date du 5 août, la couverture vaccinale atteignait seulement 38,02 % pour la première dose du vaccin antipoliomyélitique oral et 23,79 % pour la deuxième dose contre la rougeole. Ces niveaux restent préoccupants au regard de la multiplication des déplacements et des difficultés rencontrées par les équipes pour atteindre certaines localités. Malgré ces contraintes, 415 444 consultations curatives ont été enregistrées en juillet dans les régions humanitaires. Les partenaires ont poursuivi les cliniques mobiles, le dépistage nutritionnel, la vaccination et la fourniture de médicaments. Leurs prochaines interventions porteront notamment sur la campagne contre le poliovirus dérivé de type 2, la préparation au risque Ebola et le prépositionnement d’intrants à Gao pour les régions du Nord et du Centre. La réponse dépendra désormais de la mobilisation rapide des financements et de la sécurisation des voies d’accès. Le maintien officiel d’une structure en activité ne suffit pas lorsque les patients, le personnel et les médicaments rencontrent des difficultés pour y parvenir.
2026-08-19 12:32:20

Enquête : Gestion des déchets biomédicaux, talon d’Achille du système de santé en Afrique
© inter La gestion des déchets hospitaliers en Afrique subsaharienne se caractérise par des lacunes qui mettent en danger l’environnement et l’ensemble du système de santé. - Les déchets biomédicaux se retrouvent parmi les ordures ménagères, à la plage ou dans des rivières - Cette situation comporte des risques de contamination de la population et de pollution de l’environnement - Sensibilisation, formation du personnel de santé et achat d’équipements adéquats sont les mesures prônées [DAKAR, BAMAKO, BANGUI, SciDev.Net] « On parle souvent de soins, de médicaments, d’équipements médicaux, mais la question des déchets produits par ces activités reste en arrière-plan ». Medza Ndoye, président du Cadre de réflexion et d’action citoyenne (CRAC), une ONG basée au Sénégal , est d’autant plus préoccupé par ce constat que, rappelle-t-il, un système de santé ne peut être efficace si les déchets qu’il génère ne sont pas correctement gérés. Il observe pour le déplorer que la problématique de la gestion des déchets biomédicaux (DBM) reste encore sous-estimée dans les politiques publiques en Afrique subsaharienne. Alors même que les établissements de santé génèrent chaque jour un important volume de déchets biomédicaux. À l’hôpital Fousseyni Daou de Kayes, située à près de 600 kilomètres de Bamako, la capitale du Mali , Oumar Diarra, chef du service d’hygiène, affirme par exemple que les déchets produits par l’hôpital sont « estimés entre 150 et 200 kilogrammes par jour ». Au Centre hospitalier universitaire (CHU) du Point G à Bamako, « Il est difficile de quantifier les déchets produits ; mais un travail académique réalisé par un étudiant en 2025 révèle que 8 400 kg de déchets ont été pesés au mois de septembre, 8 474 kg en octobre, et 8 061kg en novembre », fait savoir Abou Traoré, chef du service d’hygiène dans cet établissement. Dans une simulation à partir de ces données , les responsables de l’hôpital situent la moyenne mensuelle de déchets biomédicaux à 8311,67 kg par mois pour une production annuelle estimée 99,7 tonnes de déchets. SciDev.Net est descendu sur le terrain pour toucher du doigt la réalité dans les hôpitaux et a pu constater effectivement de nombreuses lacunes dans les pratiques de tri, de collecte, de stockage et d’élimination des déchets biomédicaux. Au Centre de santé de Saïdou, à l’hôpital communautaire et au centre national hospitalier universitaire de Bangui (CNHUB) en République centrafricaine (RCA) , ces constats incluent le mélange des déchets infectieux avec les ordures ménagères. A cela s’ajoute le non-respect des normes pour le stockage des aiguilles usagées, qui ne sont pas systématiquement placées dans des boîtes sécurisées ; ainsi que la faible sécurisation des zones de stockage et le recours à des méthodes artisanales d’incinération. Selon les observations et les témoignages des professionnels de santé, cette situation est assez courante dans les hôpitaux à travers les pays d’Afrique subsaharienne. « Dans certains cas, le tri n’est pas correctement respecté. Il arrive que des déchets biomédicaux soient mélangés aux ordures ménagères ou que des objets piquants se retrouvent dans des sacs inadaptés », déplore Madjiguène Ndiaye, pédiatre exerçant à l’hôpital général Idrissa Pouye à Dakar, au Sénégal. Cette dernière évoque également des zones de stockage parfois insuffisamment sécurisées, exposant le personnel d’entretien à des risques. SciDev.Net a constaté qua dans de nombreuses structures, faute de sacs spécifiques ou par manque de rigueur, les seringues usagées, les compresses souillées de sang et les résidus anatomiques se retrouvent mêlés aux restes de repas et aux cartons d'emballage. Tandis que l'absence d'un circuit rigoureux de collecte transforme les rues et parfois les lit des rivières en zones de risque biologique. En effet, Madjiguène Ndiaye alerte sur la présence de déchets médicaux dans l’espace public. « Il m’est arrivé de voir des seringues ou des flacons abandonnés dans des quartiers ou même près des plages. C’est très préoccupant, surtout pour les enfants », déplore-t-elle. Déchets médicaux retrouvés à la plage D’ailleurs, Idrissa Ndiaye, chef de la brigade régionale d’hygiène de Dakar et responsable de la division éducation à l’hygiène au service national d’hygiène du ministère de la Santé et de l’hygiène publique, se rappelle un cas concret ayant marqué la gestion des DBM à Dakar. « Il y a eu un moment où des déchets provenant de l’hôpital Le Dantec ont été retrouvés sur la plage. Cela avait suscité beaucoup d’inquiétudes, parce que ce type de déchets ne doit jamais se retrouver dans l’ environnement », témoigne-t-il. Car, malgré les patrouilles régulières menées par les agents d’hygiène, certains comportements clandestins persistent, regrette-t-il. « Nous faisons des contrôles sur le terrain, mais il arrive que des individus profitent de la nuit pour se débarrasser des déchets. Ils les déversent discrètement sur certaines plages ou les enterrent sans respecter les normes sanitaires », déplore-t-il. A la Société nationale de gestion intégrée des déchets du Sénégal (SONAGED), dont la mission principale est d’assurer la gestion des déchets solides municipaux et assimilés, Mansour Diop Gaye, spécialiste de la gouvernance environnementale et chef de projet chargé des opérations et infrastructures, reconnaît que la réalité du terrain est parfois différente des dispositions réglementaires. « Lors de nos campagnes de caractérisation des déchets sur les sites de dépôt, il nous arrive de trouver des objets piquants ou tranchants, des poches de perfusion ou des emballages de médicaments mélangés aux ordures ménagères », déplore-t-il. Selon des chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 85 % des déchets produits dans les structures de santé sont assimilables aux ordures ménagères, tandis que 15 % sont considérés comme dangereux et peuvent être du type infectieux. L’organisation recommande également une gestion en plusieurs étapes, notamment le tri à la source avec un code couleur, la collecte sécurisée, l’entreposage dans les zones dédiées, le transport règlementé et le traitement approprié, soit par incinération ou désinfection, pour éliminer les risques infectieux. Outre les recommandations de l’OMS, « la direction régionale de la santé au cours de plusieurs formations a mis à notre disposition des documents sur la gestion des déchets biomédicaux », précise Oumar Diarra, chef du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes au Mali. Selon ses explications, ces documents font mention des différentes étapes du traitement, notamment le tri, la collecte, le transport et l’élimination. « Les déchets les plus dangereux au niveau de l’hôpital, ce sont les déchets après opération : les organes, les amputations, le placenta, les produits sanguins, les produits de laboratoire comme les liquides, tout comme les déchets qui se trouvent au niveau de l’imagerie de l’hôpital comme les films radios, les déchets radioactifs », fait savoir Oumar Diarra. Enfouissement Et pour le traitement définitif de certains déchets hospitaliers, « on utilise l’incinérateur pour l’élimination finale de certaines catégories de déchets. Cependant, il y a aussi des déchets qu’on ne peut pas incinérer et il est conseillé de faire l’enfouissement, comme les membres amputés par exemple. Nous avons une fosse de dissection », précise Oumar Diarra. Ces fosses, encore appelées fosses à placenta ou fosses d’enfouissement pour déchets anatomiques, se présentent comme des infrastructures nécessaires dans les hôpitaux pour faciliter l’élimination des tissus humains, organes, et placentas. « Pour les débris d’incinération, on les met dans la fosse à cendres pour élimination totale », conclut-il. Le CHU du Point G de Bamako est considéré comme un pôle de traitement centralisé des déchets les plus sensibles, notamment les déchets anatomiques (tissus, organes) et infectieux. La gestion de ces déchets se fait ici grâce à un système de polarisation, selon les explications de Soumaila Keita, directeur de l’hôpital, interrogé par SciDev.Net. « Normalement, ces déchets doivent suivre un circuit bien défini : tri, conditionnement, transport et incinération. Mais dès qu’un maillon de cette chaîne ne fonctionne pas correctement, les risques apparaissent », fait savoir Idrissa Ndiaye. Illustration à l’hôpital général Idrissa Pouye de Dakar. « En pédiatrie, les déchets les plus fréquents sont les aiguilles, seringues, dispositifs de perfusion, mais aussi les gants, compresses souillées ou encore les couches des nourrissons. Tous ces déchets nécessitent une gestion rigoureuse pour éviter les risques infectieux », explique la pédiatre Madjiguène Ndiaye. A en croire cette dernière, un tri strict y est en principe appliqué : les objets piquants et tranchants sont immédiatement jetés dans des collecteurs sécurisés, tandis que les déchets infectieux sont placés dans des sacs codés, généralement jaunes. Seulement, pour Mansour Diop Gaye, la réalité montre que le tri à la source n’est pas toujours respecté dans certaines structures sanitaires. Et malgré les recommandations de l’OMS et les différents cadres règlementaires nationaux encadrant la gestion des DBM, les pratiques dans les établissements de soins demeurent préoccupantes. « Ces derniers temps, on a des difficultés avec les poubelles. Certes, la plupart des services ont des poubelles, mais il y a d’autres qui sont en état de détérioration et d’autres aussi qui ne sont pas complétées. On a aussi les problèmes par rapport au tri des déchets », confie Oumar Diarra. L’hygiéniste martèle que la plupart des agents connaissent quels types de déchets il faut mettre dans quelles poubelles. Par exemple, explique-t-il, pour les déchets assimilables aux ordures ménagères ce sont des poubelles noires, pour les flacons, les verreries, c’est la poubelle jaune et pour les vomissements, le pus, les amputations, c’est la poubelle rouge. « La plupart connaissent ces codes, mais ne les respectent pas », se désole-t-il. Pourtant, insiste la pédiatre Madjiguène Ndiaye, « le tri à la source est essentiel. C’est la première barrière contre les infections et les accidents d’exposition au sang ». Les déchets sont ensuite stockés dans des zones dédiées avant d’être transportés et éliminés, notamment par incinération ou autoclave (stérilisation, ndlr). Le chef de la brigade régionale de l’hygiène de Dakar évoque pour sa part des difficultés liées au matériel. « Les poubelles réglementaires doivent être fermées et nettoyées quotidiennement, mais dans beaucoup de structures elles ne sont pas conformes », explique-t-il. Unités d’incinération La question de l’élimination finale des déchets reste également problématique, estime Idrissa Ndiaye. D’après ce responsable, le Sénégal ne dispose pas encore d’un nombre suffisant d’unités d’incinération conformes aux normes pour pouvoir traiter correctement les déchets biomédicaux. Dans certaines situations, relève-t-il, les dispositifs existants fonctionnent dans des conditions qui ne garantissent pas toujours une combustion complète. Madjiguène Ndiaye abonde dans le même sens et précise que les difficultés sont multiples : le manque d’équipements adaptés, l’insuffisance de formation pratique et les contraintes financières. « Dans certaines structures, les collecteurs sont parfois fabriqués de manière artisanale. Cela augmente les risques d’accidents », souligne-t-elle. Elle rapporte d’ailleurs avoir été témoin de piqûres accidentelles liées à une mauvaise élimination des aiguilles. Pour Abou Traoré, en dépit des efforts consentis, le CHU du Point G à Bamako ne fonctionne qu’avec un seul tricycle pour 28 services. Pour lui, il en faut cinq pour une collecte efficiente des déchets. L’hôpital dispose de deux incinérateurs, dont un incinérateur en expérimentation et trois incinérateurs semi-électriques. L’inconvénient dans l’utilisation de ces derniers étant qu’ils consomment trop de carburant, soutient le gestionnaire. L’insuffisance des infrastructures d’incinération ou d’élimination de déchets, à cause de leur prix élevé et le coût de l’entretien des équipements et le déficit technologique contraignent les structures de santé à l’utilisation des incinérateurs artisanaux ou de basse température qui ne détruisent pas totalement les germes et qui libèrent des substances nocives et des gaz hautement cancérigènes dans l’air inhalé par des riverains. Pire encore, Idrissa Ndiaye pointe un autre problème majeur : la protection des agents chargés de manipuler les déchets. « Le port des équipements de protection individuelle est parfois considéré comme un luxe », regrette-t-il. Soulignant que certains agents manipulent les poubelles à mains nues, sans gants ni protections adaptées. Pour lui, toutes ces situations illustrent à suffisance les failles qui peuvent exister dans la chaîne de gestion des déchets biomédicaux depuis leur production jusqu’à leur élimination finale dans les pays d’Afrique subsaharienne Ce d’autant plus que, et pour ne rien arranger, les infrastructures de gestion des déchets municipaux ne sont pas adaptées pour accueillir et traiter les déchets biomédicaux, remarque Mansour Diop Gaye. « Les décharges contrôlées et les installations de traitement des déchets solides ne disposent ni des équipements de confinement ni des systèmes de traitement nécessaires pour gérer ce type de déchets dangereux », affirme le spécialiste. Substances toxiques D’où l’interpellation de Medza Ndoye de l’ONG CRAC qui rappelle que l’absence d’une gestion rigoureuse expose non seulement les patients et le personnel de santé, mais aussi les populations vivant à proximité des structures sanitaires ou des sites de dépôt à de nombreux risques. En effet, selon les différentes sources interrogées, ces insuffisances augmentent les risques sanitaires et environnementaux. Le responsable du service d’hygiène de l’hôpital de Kayes précise que « les déchets biomédicaux ont des impacts sur la santé humaine et animale et sur l’ environnement ». « Lorsqu’ils ne sont pas bien traités, ou si la gestion n’est pas bien faite, ils peuvent se retrouver dans la nature ou les dépôts ordinaires, exposant ainsi la population et particulièrement les enfants aux risques de coupures, de piqûres, d’inhalation de substances toxiques si le brûlage se fait à l’air libre », fait savoir Oumar Diarra. Pour Abou Traoré, « ces déchets constituent un réservoir de micro-organismes potentiellement dangereux, susceptibles d’infecter les malades hospitalisés, les accompagnants, les visiteurs, les agents de santé et la communauté. Comme risques physiques, ils peuvent entraîner l’intoxication ou des traumatismes avec les objets coupants lors des fouilles dans les décharges au tri manuel ». Les experts affirment par exemple qu’une telle manipulation inadéquate des objets piquants ou coupants est susceptible d’entraîner la transmission d'infections graves comme l'hépatite C ou D, voire le VIH. Cette mauvaise gestion des déchets biomédicaux expose particulièrement les populations vulnérables , notamment les enfants et les femmes enceintes, à des risques d’infections, de blessures et de pollution environnementale, insiste Madjiguène Ndiaye, rappelant qu’une « gestion sécurisée des déchets est un pilier essentiel de la santé maternelle et infantile ». En outre, indique Idrissa Ndiaye de la Brigade régionale de l’hygiène de Dakar, « lorsque l’incinération n’est pas complète, elle peut produire des fumées contenant des substances cancérigènes qui polluent l’environnement ». Justement, Idrissa Sané, chercheur en environnement et professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, explique que les déchets issus des activités de soins peuvent contenir des agents pathogènes, des produits chimiques ou des résidus pharmaceutiques potentiellement dangereux. « Lorsqu’ils ne sont pas correctement traités, ces déchets peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques ou l’air », dit-il, ajoutant que la mauvaise gestion de ces déchets peut dès lors engendrer des conséquences environnementales durables, notamment dans les zones urbaines où la densité de la population est élevée. Saliou Sarr, doctorant en médecine à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, au service de chimie analytique du département de pharmacie, renchérit en affirmant que certains déchets médicaux contiennent des substances qui peuvent avoir des effets toxiques à long terme. Traçabilité des déchets « Les résidus pharmaceutiques, par exemple, peuvent se retrouver dans l’environnement et perturber les écosystèmes. Ce sont des problématiques qui restent encore peu étudiées dans notre contexte », analyse ce dernier. C’est pourquoi Medza Ndoye, président de l’ONG CRAC au Sénégal, affirme que la gestion des déchets hospitaliers devrait être considérée comme un enjeu central de santé publique. Mansour Diop Gaye estime que pour garantir une gestion sécurisée et éviter que les déchets des activités de soins ne se retrouvent dans les décharges et autres lieux publics, le développement des infrastructures spécialisées ainsi que la mise en place d’un système national de traçabilité des déchets biomédicaux constituent des priorités. En formation au vaccinopôle Madiba de l’Institut Pasteur de Dakar, Mariama Ba affirme que la formation constitue l’un des piliers essentiels pour améliorer la situation. Pour elle, les futurs professionnels de santé doivent être sensibilisés très tôt aux questions d’hygiène et de gestion des déchets biomédicaux. « Les bonnes pratiques doivent être intégrées dès la formation. Quand les agents ne sont pas bien formés, les erreurs se reproduisent sur le terrain », explique-t-elle. Soulignant que la formation est déterminante pour instaurer une culture de la sécurité sanitaire dans les établissements de santé. Abondant dans le même sens, Madjiguène Ndiaye plaide pour un renforcement de la formation du personnel, la dotation des hôpitaux en équipements adéquats et une sensibilisation accrue des communautés. « Si nous combinons formation, moyens matériels et engagement des autorités, nous pouvons réduire significativement les risques », soutient-elle. À l’hôpital de Kayes et au CHU du Point G, les responsables des services d’hygiène assurent que l’action prioritaire pour la gestion des déchets biomédicaux est la formation continue de tous les agents de santé des hôpitaux ainsi que les techniciens de surface. Pendant de nombreuses années, la Centrafrique a fonctionné sans un système national structuré pour une gestion efficace des déchets biomédicaux. Cependant, grâce au soutien de partenaires techniques et financiers tels que la Banque mondiale, l’OMS, l’UNICEF et Médecins sans frontières (MSF), plusieurs plans nationaux ont été développés ces dernières années pour corriger à ces lacunes. Par exemple, le Plan national de gestion des déchets biomédicaux (PNGDBM), propose des mesures telles que l’établissement de centres régionaux dédiés au traitement des déchets et l’installation d’incinérateurs modernes conformes aux normes environnementales. Ce plan recommande aussi le renforcement du tri à la source dans les formations sanitaires, la formation et la sensibilisation du personnel de santé et l’amélioration des infrastructures pour le transport et le stockage des déchets. Au centre de santé de Saidou à Bangui, Freddy Gouraye, médecin chef du centre, affirme qu’ici, les DBM sont triés selon un code couleur correspondant aux différentes poubelles, avant d’être détruits par incinération. Il déclare que le centre est doté d'un incinérateur ainsi que d'une fosse spécialement creusée pour éliminer les déchets biomédicaux. Cependant, la mise en œuvre des mesures prévues dans le PNGDBM peine à être appliquée dans plusieurs structures sanitaires.
2026-08-14 18:34:06

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