Countries: Mali, Côte d'Ivoire Source: Mixed Migration Centre Please refer to the attached file. Principales conclusions Cette étude de cas vise à comprendre l’impact des changements climatiques sur les décisions de mobilité et d’immobilité des agriculteur∙rice∙s de la région de Sikasso, au sud-est du Mali, à la frontière avec la Côte d’Ivoire. Elle s’appuie sur 55 entretiens individuels et collectifs menés à Sikasso (zone de départ et d’immobilité), à Zégoua (zone de transit) et à distance en Côte d’Ivoire (zone d’arrivée). Tou∙te∙s les répondant∙e∙s sont des Malien∙ne∙s originaires de Sikasso. Les témoignages ont été recoupés et contextualisés grâce à une revue de la littérature et à cinq entretiens avec des informateur∙rice∙s clés. Impact des changements climatiques sur les conditions de vie des agriculteur∙rice∙s de Sikasso • Les agriculteur∙rice∙s de Sikasso déclarent que les changements climatiques qu’ils∙elles observent se traduisent par des pluies de plus en plus imprévisibles et rares. La région étant dépendante de l’agriculture pluviale, les cycles agricoles et rendements sont lourdement impactés. • Ces effets fragilisent les moyens de subsistance des ménages agricoles, avec des impacts indirects sur leurs revenus, l’autosuffisance alimentaire, le logement et la santé. • Hommes et femmes subissent différemment les effets de ces pressions climatiques, avec une pression économique plus grande pour les hommes, responsables du soutien du foyer, et des tâches domestiques plus pénibles pour les femmes. La migration comme stratégie d’adaptation aux changements climatiques • Face aux pressions liées au climat sur les moyens de subsistance, les ménages développent un continuum d’adaptation. • Les premières mesures d’adaptation visent à rester sur place pour préserver les moyens de subsistance. Les ménages essaient d’abord d’ajuster leurs pratiques agricoles, puis de diversifier leurs activités si cela ne suffit pas. • La diversification des moyens de subsistance peut les amener à se déplacer ponctuellement vers des destinations proches, au Mali. • La migration vers la Côte d’Ivoire apparaît souvent comme une stratégie de dernier recours, lorsque les autres options locales d’adaptation ont été épuisées. Conditions de départ et d’intégration en Côte d’Ivoire • Les mobilités de Sikasso vers la Côte d’Ivoire s’inscrivent dans des mouvements régionaux structurés, marqués par la proximité géographique, l’historicité des mobilités et les continuités culturelles entre Sikasso et la Côte d’Ivoire. • Les décisions migratoires suivent des stratégies familiales : le chef de famille décide des départs, parfois du sien ou en désignant un membre du ménage. Certaines migrations peuvent être initiées individuellement, mais restent généralement soumises à son autorisation, notamment pour les femmes. • Les réseaux familiaux et communautaires établis en Côte d’Ivoire jouent un rôle clé dans l’orientation des trajectoires migratoires, en facilitant l’accès à l’emploi, au logement et à l’intégration socio-économique. • La migration est initialement envisagée comme temporaire, dans une logique de maintien de l’ancrage territorial à Sikasso. • Le séjour en Côte d’Ivoire tend parfois à se prolonger si l’argent gagné ne suffit pas à envisager un retour sûr et durable. La migration est donc une stratégie d’adaptation coûteuse aux rendements incertains. Rester à Sikasso : entre choix et contraintes • L’attachement à la terre explique pourquoi les agriculteur∙rice∙s préfèrent rester à Sikasso tant que les stratégies d’adaptation restent viables (immobilité volontaire) : la terre constitue leur principale source de revenus et un capital à transmettre aux générations futures. • Migrer vers la Côte d’Ivoire présente un risque et peut entraîner la perte de la propriété foncière. Certains départs sont donc retardés (immobilité involontaire) et les migrations en famille sont rares. • Les femmes sont souvent contraintes de rester ; elles maintiennent alors une présence à Sikasso et peuvent sécuriser la terre familiale. • Les pressions climatiques s’accumulent pour les femmes contraintes de rester : en plus de la pénibilité des tâches domestiques, elles doivent poursuivre l’agriculture sur des terres dont la culture devient plus difficile en raison de l’irrégularité des pluies.
2026-04-21 12:59:38