Six cents jours après le placement sous mandat de dépôt de Mahmadane Sarr, administrateur de la société Lansar Auto SUARL, ses proches et partisans ont rendu publique une « note explicative sur la situation de la dette de l’État du Sénégal envers la société Lansar Auto ». Le document de sept pages, dont Dakaractu a pu prendre connaissance, revient sur l’origine des poursuites judiciaires et détaille les créances que l’entreprise dit détenir sur l’État. L’affaire trouve son origine dans une déclaration d’opération suspecte (DOS) transmise par la CORIS Bank, à l’initiative du sieur El Hadji Abdoulaye Niass, et citée par la CENTIF dans son rapport de l’exercice 2024. Selon cette déclaration, le compte de Lansar Auto recevait régulièrement des montants d’environ 300 millions de FCFA, jugés suspects malgré les justificatifs fournis par l’entreprise. Le dossier a ensuite été transmis au Pool judiciaire financier (PJF), qui a placé Mahmadane Sarr sous mandat de dépôt le 13 janvier 2025, pour association de malfaiteurs, escroquerie sur les deniers publics portant sur un montant provisoire de 13 610 088 725 FCFA, faux et usage de faux en écriture publique, ainsi que faux et usage de faux en écriture privée de commerce ou de banque et blanchiment de capitaux. Une créance chiffrée à plus de 26 milliards FCFA La note affirme que Lansar Auto, régulièrement immatriculée, était liée à l’État à travers plusieurs conventions et marchés publics de vente et de location de véhicules. Elle évoque des créances impayées malgré l’exécution des prestations, et cite notamment un marché de la Direction des Moyens généraux, du Transport et des Achats (DMTA) de 2,2 milliards FCFA réglé de façon fractionnée. Cette version aurait été confirmée par le Trésorier général, Abdoulaye Fall, dans une réponse à une sommation interpellative datée du 13 janvier 2025, où il reconnaît avoir reçu un ordre de virement du directeur de la DMTA au profit de Lansar Auto, domiciliée à Coris Bank, et justifie le fractionnement en sept tranches par des tensions momentanées de trésorerie. Au total, la note évalue la créance globale à 26 970 888 061 FCFA, se décomposant en 24 452 334 725 FCFA dus par le ministère des Finances et du Budget (MFB) et 2 518 553 336 FCFA par les démembrements de l’État. Après déduction d’un acompte d’un milliard de FCFA encaissé le 20 septembre 2023, la dette consolidée exigible s’élèverait à 25 970 888 061 FCFA. Une convention de titrisation restée sans effet Le document détaille une convention de reconnaissance de dette et de titrisation, formalisée sous la supervision de l’Agent judiciaire de l’État, pour un engagement initial de 14 984 658 725 FCFA, assorti d’intérêts au taux pondéré de la BCEAO (6,85 % à 12 mois, 6,95 % à 18 mois, 7,05 % à 24 mois), portant le total actualisé à 16 572 335 337 FCFA. L’État s’était engagé à rembourser en quatre échéances semestrielles, de décembre 2024 à juin 2026 un calendrier que la note affirme n’avoir jamais été respecté. Elle mentionne également dix véhicules 4x4 toujours utilisés par la Direction générale du Budget malgré un arrêté de suspension du 31 mars 2024, ainsi que des créances distinctes auprès de l’AGEROUTE ( 79 532 000 FCFA) et de l’ONAS ( 1 296 000 000 FCFA), cette dernière structure utilisant vingt pick-up depuis août 2023 sans règlement à ce jour. « Aucun préjudice subi », selon les rédacteurs La note souligne que l’administrateur de Lansar Auto s’est tourné, en fin avril 2024, vers des partenaires bancaires de la zone UEMOA, la Banque d’Abidjan représentée par la Banque de Dakar, et la Banque de Commerce et d’Industrie du Mali représentée par sa filiale sénégalaise pour honorer ses engagements envers ses fournisseurs, dont il resterait devoir 6,8 milliards FCFA à des établissements tels que la Société Générale du Sénégal, Sunu Bank, Coris Bank et Alios Sénégal. Pour les rédacteurs du document, cette situation rend « incompréhensible » l’accusation de détournement, dans la mesure où l’État n’aurait honoré aucune de ses échéances et n’aurait subi, selon eux, aucun préjudice financier. Des interrogations sur le silence des anciens responsables Le texte s’achève par une série de questionnements adressés à l’État, dix-sept mois après l’incarcération de Mahmadane Sarr : pourquoi les agents publics ayant validé les marchés ne sont-ils pas inquiétés ? Pourquoi les 60 véhicules encore en location ne sont-ils pas restitués à Lansar Auto, après la saisie par l’ONRAC de 117 véhicules de luxe estimés à plus de 10 milliards FCFA ? Et pourquoi les anciens directeurs généraux du Budget et du Trésor, ainsi que l’ancien Trésorier général, gardent-ils le silence sur cette dette ? Dans une mise au point finale, les rédacteurs affirment que Mahmadane Sarr « n’a jamais discuté, ni vu, ni connu ou rencontré » l’ancien président Macky Sall ou son fils Amadou Sall, précisant que Lansar Auto avait toutefois mis ses services de location à disposition de responsables de PASTEF dont le coordonnateur Bassirou Diomaye Faye, le chef du parti Ousmane Sonko et le chef de protocole Djiby G. Ndiaye lors des élections de 2019 et du « Némékou Tour » pendant les législatives et municipales, avec des factures restées elles aussi impayées. Ils réaffirment enfin que Lansar Auto « n’a jamais été utilisée comme prête-nom » et contestent « vigoureusement » les accusations de blanchiment de capitaux et d’escroquerie sur les deniers publics. www.dakaractu.com
2026-08-20 02:31:00